Témoignages résidents
Témoignages de nos résidents
Portrait de Jean-Christophe
Jean-Christophe, a 58 ans. Quand il parle de lui, il dit être « un mec rigolo qui aime faire rire la galerie ». Mais derrière ses sourires se cache une histoire de vie marquée par la rupture, la résilience et une incroyable capacité à rebondir.
Son histoire commence dès avant sa naissance : victime d’un AVC dans le ventre de sa mère, il en garde des séquelles à vie. Très jeune, il est placé en internat pendant quatorze ans, séparé de sa sœur, placée dans un autre établissement. Cette séparation a profondément marqué son enfance.
Puis vient la psychiatrie : trente-six années passées dans des institutions, souvent fermées, où l’intimité et le libre choix n’existaient pas. En 2018, pour la première fois, Jean-Christophe accède à un appartement. Cette période de liberté est une victoire, mais aussi un immense défi.
Trop seul, livré à lui-même, il rencontre rapidement des difficultés : alimentation irrégulière, tensions avec ses voisins, isolement. Le retour en institution est alors vécu comme un choc violent. « Je m’étais promis que je n’y remettrais jamais les pieds. Quand je suis arrivé ici, toute ma vie en institution m’est revenue en pleine gueule », raconte-t-il. Mais à la Résidence du Lac de Lucelle, les choses ne se passent pas comme avant. Cette fois, l’équipe ne l’a pas lâché. Elle est restée présente, même quand Jean-Christophe faisait tout pour tester leurs limites. « Ils ont tenu bon », dit-il.
Ce lien de confiance a été un tournant. La grande différence, pour lui, c’est d’avoir enfin un espace qui lui appartient : sa propre chambre, une clé, une douche à lui, et surtout la possibilité de choisir d’être seul ou entouré. Cette liberté dans un cadre sécurisé lui a permis de retrouver une stabilité qu’il croyait perdue. « De toute ma vie, ici, je vis », dit-il aujourd’hui avec fierté. Ce sentiment de vivre vraiment, il le doit à une relation de confiance avec l’équipe et à un lieu qui respecte sa dignité.
Jean-Christophe a une conscience lucide de sa situation. « Je sais que j’ai besoin d’aide, mais je veux aussi retrouver un jour un appartement », confie-t-il. Ce projet le porte. Chaque jour, il renforce son autonomie à travers les activités proposées : il peint, jardine, bricole en menuiserie et cuisine quand il le peut.
Ces gestes du quotidien sont pour lui des étapes concrètes vers un avenir plus libre. Le jardin, en particulier, est un lieu important. « Il pourrait être magnifique s’il y avait plus de monde pour s’en occuper », glisse-t-il avec cette franchise tendre qui le caractérise. Pour lui, ce jardin est bien plus qu’un espace vert : c’est un lieu de respiration et de reconstruction, un endroit où il peut exercer son autonomie et nourrir ses rêves. Quand on lui demande ce qu’il aimerait, Jean-Christophe répond simplement : « Plus d’espace, plus de matériel, et toujours des gens pour croire en nous. »
De l’enfant séparé de sa sœur au jeune homme balloté entre institutions, de l’homme seul dans son appartement à celui qui réapprend à s’appuyer sur les autres, Jean-Christophe incarne la force tranquille et l’espoir obstiné. Son parcours témoigne de l’importance d’un accompagnement patient, humain et respectueux à celui qui donne aux personnes la possibilité de se reconstruire à leur rythme et de continuer à rêver.
Portrait de Rose-Anne
Rose-Anne est née à Porrentruy en octobre 1966. Elle vit à la résidence du Lac de Lucelle depuis quatorze mois.
Cette étape de vie, elle la décrit comme une véritable renaissance : « Quand je suis arrivée, j’avais beaucoup de problèmes… aujourd’hui, je me sens libérée. » Pour elle, la Résidence du Lac a été un tremplin, un espace sécurisant qui lui a permis de retrouver une stabilité, mais surtout une place au sein d’un collectif.
Avant son arrivée, Rose-Anne a eu une vie bien remplie : une enfance heureuse, plusieurs années de travail dans l’horlogerie, un mariage de quinze ans et la naissance de son fils.
Mais sa trajectoire a été bousculée par une période difficile. Suite à son divorce, les contacts avec son fils se rompent. Cette grande douleur l’a plongée peu à peu dans une dépendance à l’alcool. « Ça commence avec une bière, et puis une deuxième… et puis ça continue », dit-elle avec franchise. Cette dépendance s’accompagne d’un grand isolement. « Quand vous êtes dans l’alcool, vous êtes seule. »
Son entrée dans l’institution a été marquée par la peur : peur d’être jugée, peur de ne pas trouver sa place, peur d’être entourée de personnes qui lui renverraient ses propres difficultés. Mais dès les premiers temps, Rose-Anne a découvert un lieu différent de ce qu’elle imaginait : une communauté vivante et bienveillante, une « microsociété » où elle a pu rencontrer, parler, tisser des liens et peu à peu reprendre confiance. C’est précisément cette confiance, celle que l’équipe lui a accordée dès son arrivée, qui a marqué le début d’un changement profond.
Aujourd’hui, Rose-Anne a repris le contrôle sur sa consommation, elle se sent actrice de son parcours et sait que ce chemin, elle ne l’a pas fait seule. « Ici, on ne me juge pas. On m’a fait confiance. C’est grâce à ça que j’ai avancé. » La vie quotidienne à la résidence joue un rôle essentiel dans son équilibre. Rose-Anne participe aux activités collectives diamond painting, peinture à numéros, tricot, jeux de société et apprécie particulièrement les liens concrets et sincères qu’elle a noués avec les autres résidents et l’équipe encadrante.
Pour elle, ce sont ces relations qui lui ont permis de sortir de la spirale de l’isolement et de retrouver une estime de soi solide. « Ça fait du bien d’être quelqu’un. » Son parcours a aussi été marqué par une épreuve de santé : un cancer du sein détecté en janvier 2025. Grâce à une prise en charge rapide et surtout à la présence quotidienne des personnes autour d’elle, elle a traversé cette période avec courage. Elle en parle avec une reconnaissance profonde : « Je suis heureuse d’avoir vécu ça ici et pas toute seule chez moi. »
Aujourd’hui, Rose-Anne regarde vers l’avenir avec confiance. Elle espère trouver un appartement à elle, continuer à participer à des groupes de parole pour soutenir d’autres personnes dans la dépendance, et construire une vie où les liens humains auront toujours une place centrale. Elle rêve aussi de laisser derrière elle une image positive, une trace bienveillante de son passage. Rose-Anne exprime une immense gratitude envers la résidence du Lac de Lucelle. Pour elle, cet endroit n’est pas simplement un lieu d’accueil : c’est un espace de reconstruction, un lieu où la dignité et la confiance permettent de se relever. « Sans les liens que j’ai créés ici, je n’aurais jamais avancé comme ça. » Dans son regard, on lit la fierté d’un chemin parcouru avec courage, et la douceur de quelqu’un qui a retrouvé sa place parmi les autres.
Portait de Othman
Je m’appelle Othman, je suis né en Syrie en 2000.
Je suis quelqu’un de nature joyeuse et calme.
Mon enfance a été marquée par la guerre, une période difficile qui m’a laissé des souvenirs à la fois forts et douloureux.
En repensant à mon parcours, je dirais qu’il n’a pas été facile. Entre 2021 et 2025, j’ai vécu dans la rue. Les personnes les plus importantes pour moi restent ma famille.
Avant mon admission à l’institution, j’ai été incarcéré pour des raisons que je préfère ne pas aborder. Cette étape a profondément marqué ma vie.
C’est par décision du juge que j’ai intégré l’institution, afin de terminer ma peine dans un cadre plus calme, avec un accompagnement éducatif adapté à ma situation.
Je vis à la Résidence du Lac à Lucelle depuis un an et demi. J’ai plutôt bien vécu mon arrivée ici. Ce qui m’a le plus surpris, c’est la sensation de retrouver une vie « normale ».
Mon objectif, après ma sortie, est de repasser mon permis de conduire, de trouver un emploi, de reprendre un rythme de vie stable et d’assumer de nouvelles responsabilités. Ce qui compte le plus pour moi aujourd’hui, c’est ma liberté.
Depuis mon arrivée à la Résidence, je me sens parfois fier de moi et du chemin parcouru. J’ai la chance de pouvoir parler de ma passion, le rap, avec certains éducateurs. Ces échanges me font beaucoup de bien. Même si je n’ai pas toujours l’impression de changer, je sens que le soutien des personnes qui m’entourent me pousse à me dépasser.
Si je pouvais m’adresser à la personne que j’étais avant mon arrivée à la Résidence du Lac, je lui dirais : « Bonne chance. Les débuts seront difficiles, car différents de ce que tu connais, mais cette expérience te transformera et t’aidera à devenir une meilleure personne. »
Après mon séjour à Lucelle, j’aimerais construire une famille et poursuivre mon rêve : faire du rap. Devenir rappeur, c’est ce que j’ai toujours voulu, et je suis reconnaissant du soutien que m’apporte l’équipe de la Résidence.
J’aimerais que les personnes autour de moi voient à quel point j’ai changé, mûri et évolué positivement.
